Two Rivers Lake

United States Premiers pas dans les Rocheuses

Les Rocheuses… un mythe ! Que ce soit pour ses reliefs, sa faune, sa neige légendaire, les X games, ou le classique « The Other Side of Aspen », les rocheuses ont toujours été pour moi une source de fantasmes et de fascination. J’ai enfin pu bravé ses voies que je pensais impénétrables… mais c’est les états unis… !

Basé chez mon ami Shawn Rae à Broomfield, près de Boulder, je me suis tâté un moment pour savoir si j’allais pouvoir entreprendre une expédition à Yellowstone, non loin (à l’échelle des USA…). En plein mois d’août j’ai eu peur de l’affluence, d’autant plus de la nécessité de réserver les campements. Dans les parcs nationaux, le camping sauvage n’est pas permis. Seul le backcountry camping est autorisé dans les emplacements officiels de faible capacité et sur réservation seulement. De plus, Yellowstone est à 10 heures de route de Boulder. Même si la location de voiture était abordable, je me voyais mal faire seul 10 heures aller et autant de retour. J’ai une nouvelle fois vu la limite du voyage seul… Je me suis donc dit que je pourrais garder cette aventure pour plus tard… quand je ne serai pas seul…

Je me suis donc rabattu sur le Rocky Mountains National Park à toute proximité de Boulder. À l’aide d’une carte topographique, j’ai étudié l’itinéraire : une grande boucle à travers une bonne moitié du parc. J’ai fait mes courses au temple du camping : RIE. C’est l’équivalent du vieux campeur, décathlon et go-sport réunis… Je trimbalais déjà ma tente et un sac de couchage ridicule depuis Montréal. Mais le souvenir des nuits glacées au Kirghizstan m’a incité à acheter un sac de couchage plus sérieux pour cette occasion. Dans le panier: un bruleur et petite bombonne de gaz et des repas liophylisés. Enfin complètement équipé, il ne me restait plus qu’à trouver le moyen de me rendre sur place. Les accès au parc se trouvent à 50 miles de Boulder.

Un service privé de transport entre l’aéroport de Denver et Estes Park via Boulder m’a permis de m’en rapprocher pour USD45 tout de même… Au passage, le mythe de la qualité de service aux US s’est effondré avec cette prestation. Incapable de fournir un horaire fiable de passage, j’ai du attendre 2 heures. Je ne m’étalerai pas plus sur les détails, mais c’était pire qu’en Asie centrale sauf que la bas la même prestation aurait coûté le dixième du prix… Les US c’est nul question transport : point final.

La carte de la randonnée

La carte de la randonnée

Enfin arrivé à la guérite des rangers de Longs Peak (drapeau vert sur la carte). Conformément à la réglementation, je réserve mes campements et paie mon permis. Un rangers pas franchement accueillant m’informe que je suis obligé d’avoir avec moi un Bear Canister ou Bear Vault : un container en plastique renforcé pour mettre ma bouffe. J’essaie de négocier pour procéder à l’ancienne : le sac perché dans l’arbre. Impossible : la règle c’est la règle. On est au US, ça se négocie pas. Du coup de pas très aimable il commence à me prendre de haut : je dois acheter le dernier container qu’il reste de disponible, sinon pas de permis… Boom, USD75 en moins pour cette merde qui va m’alourdir. Je vous passe le moment d’ironie ou le gars m’a proposer d’aller camper dans la foret d’à côté sans permis ni container, ou de retourner à la ville pour peut-être trouver un modèle moins cher… je vous passe aussi la tête qu’il a fait quand je lui ai dit que j’avais pas de voiture… ça l’aurait moins choqué que je lui dise que j’arrivais de Krypton sur un iPoney amphibie.

Bref, on en arrive à la réservation des campements… évidemment l’itinéraire que j’avais imaginé n’est pas possible car certains sites sont complets, j’improvise donc un truc qui m’ira bien quand même. Une fois bien en règle, le permis validé et payé (USD20), je peux remettre mon sac sur le dos et me mettre en chemin. C’est déjà le début d’après-midi.

Je commence à marcher, tout gai, ayant encore en tête que j’allais trouver en chemin des victuailles, des armes, des potions magiques, croiser des créatures étranges et devoir jouer aux dés l’issu du combat… : « Vous arrivez à une bifurcation. Sur votre droite un chemin sombre et boueux et un panneau surmonté d’un crâne sur lequel vous pouvez lire ‘Mort certaine’ en inscription de sang. À gauche un chemin pavé de briques jaune et bordé de fleurs et un champ avec un épouvantail. Pour aller à droite rendez-vous au 222, à gauche 156 ».

Bon ben alors pas du tout. Mais c’est pas du tout ça… ! Les chemins sont hyper aménagés : bordures, marches, rampes. Des panneaux et balises à chaque bifurcation. Comme tout aux US, et surtout la bouffe, c’est ‘improved’, ‘enriched’, ‘enhanced’… bref, plus grand chose de naturel… J’aurais presque pu faire la rando sur mon skateboard, et je m’attendais presque à croiser des américains obèses sur leur petites voiturettes avec un réservoir de coca glacé en guise de remorque. Cependant, le premier jour je n’ai croisé personne. Mon premier campement, « Upper River » (marqueur 1), se trouvait dans une petite vallée boisée, bordé d’un petit ruisseau où j’ai pu m’approvisionner en eau. Je craignais les moustiques, mais je n’ai rien vu. Les campements sont aussi hyper aménagés, avec un trône au bout d’un petit chemin pour s’alléger. Tout confort ! J’ai pu souper tranquille mes raviolis en boîte particulièrement immonde. La nuit fut bonne, au chaud dans mon bon sac de couchage. La soirée est restée agréable et sèche…

Le lendemain, la marche fut longue. Très longue. J’ai traversé la zone de Bear Lake, probablement la plus populaire du parc. J’ai donc croisé beaucoup de monde. L’itinéraire pour la journée me faisait passer par Flattop Mountain, le col formant la ligne de séparation des eaux du continent américain : « Continental Divide ». Mais en fin d’après-midi, alors que j’étais en pleine ascension, le secteur était entouré d’orages et de pluies torrentielles. Il ne pleuvait pas encore ou j’étais, mais c’était le chaos tout autour. Au loin une crête était devenue toute blanche : de la neige ! J’ai interrompu ma marche à l’abri, en compagnie de deux filles très sympas, dont une a barbe, mais ça n’a rien à voir (marqueur a).

J’ai observé le mouvement des nuages. Mais malgré mes connaissances en météo grâce à ma petite expérience de vol en parapente, j’ai été particulièrement déstabilisé par ce que je pouvais voir. Incompréhensible. Des mouvements très rapides et des changements violents de direction. D’où j’étais, je n’avais vu que sur 180° vers l’est et le nord. La crête à gravir m’emmenait vers l’ouest mais je n’avais aucune vue vers ce côté.

Après une petite heure d’attente, et une petite douche (légère averse), j’ai décidé de reprendre la marche. La fin de la montée fut longue et difficile. Mais la vue d’en haut était une belle récompense. La crête était plate et déserte, bien au dessus de la ligne des arbres. Spectacle fascinant des orages tout autour, à 360° ce coup-ci… Mais cela voulait dire aussi que j’allais m’en prendre un sur la tronche…

Cependant, j’ai vu une petite source d’eau dans un rayon de soleil, et je n’ai pas résisté de faire une pause toilette après cette longue ascension dans la chaleur moite (marqueur b). Je me suis mis à poil intégral dans cette grande étendue déserte et ai dégainé la dernière de mes petites serviettes magiques (merci maman). Vite propre, j’ai relevé la tête en regardant vers l’ouest… j’ai blêmi. Une énorme averse fonçait à l’évidence droit sur moi… J’ai remballé tout mon matos et me suis mis à courir sur le chemin, espérant pouvoir trouver un abri ou au moins vite rejoindre la limite des arbres. Après 10 minutes de trot, j’ai compris que je ne pourrai pas me mettre à l’abri et que j’allais me trouver à la merci de l’orage, encore sur la crête. Donc trot, mais pas assez (marqueur c). La seule chose a faire était de monter la tente et de serrer les fesses. Je crois que j’aurai gagné un concours de rapidité de montage de tente… et j’ai pu m’y réfugier dès les premières gouttes… et les dieux se sont acharnés ! Je me suis trouvé au cœur de l’orage. Éclaires, grondements, vents, pluie battante. J’épongeais à l’intérieur en me recroquevillant pour ne pas toucher la tente trempée. Après une bonne demi-heure, j’ai pu reprendre le chemin. Il me fallait maintenant arriver au campement avant la nuit. Fatigué, je descendais rapidement les marches (!) vers ‘July’, le campement le plus proche (marqueur 2 et 4). Je ne pourrais pas atteindre mon campement officiellement prévu, encore 5 miles plus loin.

Cette sensation de chaud et humide, collant et fatigué devenait vraiment difficile. Enfin arrivé au campement, j’ai remonté la tente complètement trempée, une soupe, et au lit !

J’ai alors compris que la vraie difficulté des rocheuses, c’était la météo : imprévisible, violente, véritablement dangereuse.

Je me levais tôt le lendemain pour rejoindre le campement suivant tout proche de « North Inlet Junction » (marqueur 3), et entreprendre la randonnée vers les lacs de Nokoni et Nanita. Ce jour la, la météo a été beaucoup plus sympa… Les lacs étaient jolis, et la vue des points culminants environnant était sublime (marqueur d). Là encore, j’ai pu comprendre la violence des éléments. De nombreux arbres foudroyés, brûlés, couchés. Un spectacle de désolation déroutant. J’ai observé longuement un arbre d’une vingtaine de mètres, arraché à sa base. Ce qui était particulièrement intrigant c’est que le tronc avait été projeté à 4 mètres de sa souche par la violence de la bourrasque qui l’avait emporté. Il n’avait pas été déplacé après sa chute, mais bien emporté par un vent d’une force phénoménale. Sa cime brisée sur un rocher témoignait de l’endroit précis où l’arbre s’était échoué. Je contemplais la scène, terrorisé.

Redescendu de ces hauteurs tourmentées, je pris un bain dans la rivière glacée avant de retrouver ma tente et de m’y abrité pendant la pluie de fin de journée. J’ai plus tard eu la visite de biches, première rencontre avec la faune. Soirée et nuit calmes. A la tombée de la nuit, je lisais mon kindle à la lueur de ma frontale, ou écoutait des podcasts sur mon téléphone dont j’économisais précieusement la batterie.

Le lendemain je retournais à ‘July’ (marqueur 2 et 4), le campement de la veille, selon la suite de mon itinéraire officiel. Petite ascension de 4 miles, durant laquelle j’ai croisé un ranger qui m’a contrôlé, et assisté à la spectaculaire mise à mort d’un papillon de nuit pas une guêpe. Cette dernière, après un combat acharné de 15 minutes, s’est envolée avec son butin : la glande située sous la tête de la victime…

J’allais passé le reste de la journée tranquillement sur le campement, ou la nature me réservait d’autres surprises. J’ai pu explorer un peu plus ce fond de vallée arboré : prairies, rivière avec une petite cascade au pied d’un pierrier. J’ai pu installer ma tente, faire sécher mes affaire et faire une sieste au soleil. Cet endroit était un vrai petit coin de paradis. Puis j’ai eu de la visite. Un énorme cerf armé de bois impressionnants. Les bois seuls devaient faire ma taille. Il était à 30 mètres de ma tente, et j’ai senti que je devais pas le déranger dans sa déambulation. J’ai même commencé à prendre peur et me suis mis derrière un rocher pour l’observer… Vu la taille de la bête, fallait pas qu’il se mette à charger…

Il broutait tranquillement puis a poussé quelques brames, s’est dirigé vers un petit sapin et lui a mis la misère avec ses bois… pendant plus d’un quart d’heure il a ruiner l’arbuste sans défense, puis s’est rouler dans la boue avant de s’éloigner… Superbe spectacle…

En fin de journée, j’ai eu droit à un nouvel orage. Celui-ci fut particulièrement riche en lumières… un festival d’éclaires pendant une demi-heure à un rythme à déclencher une crise à un épileptique… Et bien sûr tout était de nouveau mouillé, oubliant la douce chaleur du soleil…

Le lendemain matin, je me suis réveillé parmi les biches. Une d’elle s’est précipité à un endroit non loin de ma tente et s’est goinfré de petites épines qui jonchaient le sol. Je venais tout juste de les ‘améliorer’ de mon délicieux pipi matinal… à la tienne l’ami !

J’ai repris la route vers le col de Flattop Mountain pour repasser Continental Divide et revenir dans la partie est du parc pour poursuivre mon périple. Moins fatigué que la fois précédente et le temps étant plus clément, j’en ai profité pour gravir Hallett Peak (marquer e), un point de vue au dessus de Tyndall Glacier avec une belle vue panoramique.

En redescendant vers Odessa Lake, j’ai pris un raccourci par un pierrier un peu raide sur les conseils d’un local (marqueur f). Il m’a fait rêver en me disant que de nombreux skieur de randonnée font la descente en hiver. J’ai en effet pu voir quelques traces de passage de skieurs : crème solaire et accessoires divers perdu dans la neige. J’ai aussi vu des ossements, qui auraient pu être des restes de skieurs…

La descente vers Odessa Lake fut plaisante sous un lourd soleil de début d’après-midi. Arrivé au lac, je me suis rapidement baigné tant que le soleil était la pour me réchauffer (marqueur 5). La température de l’eau m’a rappelé que j’étais juste en dessous des glaciers… l’immersion totale n’a pas duré plus d’une seconde…

Petite pluie de fin de journée, soirée calme. Mais pendant la nuit, le vent s’est levé, faisant trembler ma tente. Réveillé, mais peu inquiet, j’étais content de voir la lueur de la lune. Le vent était quand même très violent, et battait ma tente. J’ai pris conscience que s’il se mettait à pleuvoir, le vent rendrait ma tente inutile et que je serais trempé jusqu’au fond de mon sac à viande. Dans un coup de flippe, je me suis levé et ai pris ma tente sous le bras pour me mettre à l’abri un peu plus loin. Il était environ 4heures du matin. J’ai tant bien que mal fini la nuit, et décidé que ce serait la dernière. Fatigué du mauvais temps, et de l’aspect un peu trop parc d’attraction du lieu, je voulais retrouver la ‘civilisation’. La descente de Odessa vers le centre de visiteurs de Moraine Park m’a fait traversé une autre vallée désolé (marqueur g). Arbres brûlés sur une surface impressionnante. Une locale, croisée en chemin, m’as dit qu’un incendie important a tout brûlé en octobre dernier. Décidément un endroit de la planète au climat rude et ingrat.

Terminant tranquillement la descente, j’ai pu profiter du confort des aménagements… La navette du parc relie les principaux points d’accès à la ville de Estes Park. En moins de 10 minutes, j’échappais à la fournaise pour me retrouver dans le luxe glacé de la climatisation du bus… J’y ai fait la rencontre de Fran et Naomi, deux joyeuses sexagénaires de Denver en balade qui m’ont ramené jusqu’à chez Shawn Rae. Rencontre très sympa, on a bien rigolé, et je les ai fait tremblé et rêver avec mes histoires de randonnées et de tour du monde…

Retrouvé le confort et la présence chaleureuse chez Shawn, j’étais content de mon expédition, et d’avoir pu surmonter les défis des Rocheuses.

J’avais en quelque sorte apprivoisé un nouveau territoire, fait de nouvelles expériences en me mesurant avec la nature. Non seulement ces moments me permettent de constamment mettre à l’épreuve mon corps, mais me permettent aussi des moments de méditation et d’exploration de mon esprit. Cela rappelle qu’on est rien face à la nature, et qu’on lui doit tout.

Je savoure le goût à la vie, je pense à mes amis et ma famille que j’aime et qui me manquent. C’est toujours un grand moment de jubilation. Une aventure solitaire qui certes a ses limites mais qui offre une expérience unique.

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