La valse des prix psychologique... impayable!

Canada Dix-neuf et quatre-vingt-dix-neuf

Le Canada a décidé de retirer de la circulation le ‘sou noir’, la pièce de un cent, dit un ‘sou’. La plus petite pièce devient donc celle de cinq sous. Une situation qui rend rare le fait de pouvoir payer en espèce le prix affiché à la caisse…

Savoir quel va être le montant exact à débourser pour un achat quel qu’il soit en Nord Amérique est un casse tête, voire une tâche impossible. Les prix sont la plupart du temps affichés hors taxes, et hors pourboire de rigueur. Parfois la taxe est déjà incluse, mais c’est pas toujours affiché. Il existe donc ici une notion qui est aberrante quand on vient d’Europe : on ne sait jamais précisément combien on va devoir sortir de sa poche. Cet état de fait induit ici un rapport très particulier à l’argent : personne n’est à un ou deux dollars près sur des achats en dessous de 50 dollars. Les commerçants sont surpris quand on leur demande un prix tout compris, car justement, ils ne comprennent pas quelle importance cela peut avoir.

Autre fait amusant : tous les prix affichés se terminent en ’9′ : $1.79, $4.49, $9.99… que cela soit hors taxes ou taxes incluses, c’est un prix impossible à régler en espèces. Ces prix artificiels, dits prix ‘psychologiques’ en langage mercantile, ne choquent personne ici, puisqu’on est pas à un ou deux dollars près… Le vendeur fixe donc toujours ses prix en arrondissant un prix qui restera donc encore à arrondir une fois à la caisse…
Justement, passons à la caisse… Une fois les taxes ajoutées, il s’affiche $12.42. Il a été publié par le syndicat des commerçants une règle d’arrondi pour mettre les choses au clair (Article), mais il m’est déjà arrivé de payer un arrondi arbitraire favorable au commerçant. Le seul moyen de payer le prix affiché est de régler par carte de crédit.
Cela me rappelle qu’en Ouzbékistan, cela pouvait arriver car il n’y avait pas de plus petite coupure que 50 som (0,015 centimes d’euro). Dans le cas ou le commerçant ne pouvait pas rendre la monnaie, il donnait un bonbon en compensation… sympa !

La politique de prix en ’9′, les taxes en sus, l’arrondi final : cela manque singulièrement de transparence. En discutant avec les locaux, cela leur semble tout a fait régulier (comprendre ‘normal’, c’est du québecois).
Vu de ma culture européenne et de mon esprit binaire, ayant travaillé avec une comptable brillante et d’une rigueur à toute épreuve, et ayant voyagé dans de nombreux pays où tout se négocie et ou les prix s’apprécient ; cela me paraît absurde, voire scandaleux.
Quelle est la marge d’erreur à la fin de la journée, du mois, de l’année à l’échelle d’un pays comme le Canada ? C’est étourdissant !
« Toi tu paies un sou de plus et le client suivant paiera un sou de moins, à la fin de la journée ça change rien » comme m’a rétorquer un brave québecois avec son phlegme caractéristique. Certes, j’en conviens, dans le meilleur des cas, mais c’est totalement aléatoire…

Dans une région du monde où tout le monde s’arrête à l’arrêt (stop), ne traverse qu’au vert, fait la queue dans l’ordre d’arrivée à l’arrêt de bus, fait un procès pour un bleu, ne consomme pas de produits non pasteurisé voire aseptisé, où il ne faut pas faire un pas de travers au risque d’être dénoncé par son voisin, où le café se déguste à travers la couvercle en plastique, le tout dans une ambiance un tantinet psycho-rigide, le consommateur est bien docile, un peu benêt : la société de consommation dans toute sa splendeur…

En savoir plus :
Article du 31 juillet 2012 de Radio Canada annonçant la mort du sou noir
Article du magazine Les Affaires sur les conséquences du retrait du cent

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